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Extraits
de
Laterna Magica
Editions Gallimard, 1987
Folio 2238 |
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| A
la question posée sur le but de mes films, je pourrais
donc répondre : je veux être l'un des artistes
de la cathédrale qui se dresse sur la plaine. Je veux
m'occuper à faire une tête de dragon, un ange ou
un démon, ou bien peut-être un saint, peu importe,
j'éprouve la même jouissance dans tous les cas.
Que je sois croyant ou incroyant, chrétien ou païen,
je travaille à construire avec tout le monde la cathédrale,
parce que je suis artiste et artisan, et parce que j'ai appris
à tirer de la pierre des visages, des membres et des
corps. Je n'ai jamais à m'inquiéter du jugement
de la postérité ou de mes contemporains; mon nom
et mon prénom ne sont gravés nulle part et ils
disparaîtront avec moi. |
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| Le
cinéma en tant que rêve, le cinéma en tant
que musique. Aucun art ne traverse, comme le cinéma,
directement notre conscience diurne pour toucher à nos
sentiments, au fond de la chambre crépusculaire de notre
âme. Une petite misère de notre nerf optique, un
choc, vingt-quatre images lumineuses par seconde, entre ces
images, le noir, mais notre nerf optique n'enregistre pas le
noir. Lorsque je suis à la table de montage et que je
passe le film, image après image, je ressens encore la
vertigineuse magie de mon enfance : je suis dans la penderie,
je tourne lentement la manivelle, l'une après l'autre,
je fais passer les images, j'enregistre en moi-même les
imperceptibles changements, je tourne plus vite la manivelle
et voilà un geste. |
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| Le
rythme de mes films, je le conçois en écrivant
le scénario, à ma table de travail, et il naît
devant la caméra. Toute forme d'improvisation m'est étrangère.
S'il m'arrive parfois d'être obligé de prendre
des décisions sans avoir le temps de réfléchir,
je transpire et je me fige de peur. Faire un film, c'est pour
moi planifier une illusion dans le moindre détail, c'est
le reflet d'une réalité qui, au fur et à
mesure que s'écoule ma vie, me paraît elle-même
de plus en plus illusoire. |
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