Woody dirige
Madonna et John
Malkovich sur le plateau
d'Ombres et brouillard
(1992)



             






" J'écris très vite. Parfois, il me vient une idée, mettons, aujourd'hui même… mais je ne peux pas écrire, parce que je suis plongé dans la préparation d'un autre film. Alors j'attends que le film soit fini, avant de me mettre à rédiger le nouveau scénario et je garde l'idée en tête. Il m'arrive aussi qu'après avoir terminé un film, je n'aie absolument aucune idée pour le suivant. Dans ces cas-là, je vais m'enfermer dans mon bureau le matin, et je me mets à réfléchir. Je me force à travailler.

Quand j'attaque un scénario, je sais d'emblée, et presque toujours, quel sera le style de ma première image. Il peut m'arriver de faire des aménagements ultérieurs en fonction du décor, par exemple, mais je sais exactement par quel genre de plan je veux ouvrir le film. Certes, j'attaque parfois un scénario en ignorant encore quelle en sera la première image, mais dans ce cas-là, je prends le temps de trouver une image forte, qui vaille le coup, un plan saisissant.

Après avoir terminé d'écrire le scénario (et de le réécrire intégralement à seule fin de m'assurer que tout fonctionne), je n'y touche pratiquement plus jusqu'au tournage. Je n'apprends pas mon rôle. Je relis vaguement le scénario quelques minutes avant de le tourner. Bien souvent, sur la plupart de mes films, je n'ai même pas de scénario. Je donne le scénario manuscrit à mes collaborateurs, qui en font des tirages qu'ils distribuent à tout le monde, mais moi je n'en ai jamais un exemplaire chez moi, ni ailleurs. Moins je travaille mon texte, plus je l'aborderai avec fraîcheur. "

 



" Le matin ou je débarque sur le plateau, j'ignore encore ce que je vais filmer, et comment je vais m'y prendre. A ce stade, je préfère privilégier la spontanéité. Je me promène sur le décor, tout seul ou avec l'opérateur. Nous lançons des idées, dans un sens, dans l'autre. avant que je ne décide des mouvements des acteurs. Alors, et alors seulement, je fais venir les acteurs. Je leur indique comment ils doivent évoluer, je leur donne leurs marques et leurs déplacements. Mais pas de façon trop contraignante, plutôt générale. Et finalement, nous commençons à tourner. La première prise se révèle parfois la bonne, la meilleure possible. Mais parfois, il faut plus de temps. Si les acteurs éprouvent le besoin de s'habituer un peu aux lieux, ils ne donneront le meilleur qu'à la troisième ou à la dixième prise. En règle générale, nous ne faisons jamais de répétition, ni de préparation.

Tout ce qui m'intéresse, c'est de travailler, de sortir un film que les gens puissent voir. Moi, je veux continuer à mouliner de la pellicule. J'espère rester en assez bonne forme, tant physique que psychique, pour travailler jusqu'au bout. A l'approche de la vieillesse, j'espère pouvoir considérer mon œuvre en me Disant : " J'ai fait cinquante films… D'excellents, de moyens et d'assez drôles… ". Je veux éviter de me retrouver dans la position de certains de mes contemporains qui sortent un film tous les cinq ans, avec l'impression de produire un événement majeur.

J'ai toujours pensé qu'un film s'écrit à toutes les étapes de sa réalisation. On écrit une première mouture, qu'on retravaille… au moment du casting, on procède à certains aménagements… on modifie encore quand on cherche les décors… Je donne toujours le même exemple : pour Annie Hall, mon père était censé être un chauffeur de taxi, habitant le quartier de Flatbush, à Brooklyn. Or, un jour où nous roulions pour chercher d'autres décors, nous avons repéré la fameuse baraque construite sous les montagnes russes., j'ai aussitôt modifié le scénario en conséquence. J'aménage donc le scénario quand je fais le casting, au moment des repérages et parfois même simplement parce qu'il me vient une nouvelle idée. Il arrive aussi que le producteur me prévienne que nous ne pourrons nous permettre de tourner telle séquence comme je voulais la tourner. Je modifie donc le scénario sur le plateau, ou je l'aménage dans la salle de montage. Ça ne me pose aucun problème. Par exemple, je suis toujours ravi de prendre une scène qui était censée être la vingtième, pour en faire la première du film. Un film doit évoluer constamment."

Citations extraites de
Woody et moi
Entretiens avec Stig Björkman
Cahiers du Cinéma, 1993